Eglise Saint Jean-Baptiste
D'après les notes et recherches réalisées par M. Henri Gallos

Peu de documents et d'archives pour relater la création et l'évolution de l'église Saint Jean-Baptiste de Maslacq.
Les moyens mis en oeuvre pour édifier cet humble sanctuaire campagnard étaient modestes et la main d'oeuvre sollicitée ne disposait pas du savoir faire et du talent des grands architectes. C'est à dire que cette église a subi durement la griffe et les retouches du temps.
Un acte du XIVème siècle nous indique :  "Guilhemet de Tartoin de Lahourcade, s'engage envers les fabriciens (chargés de l’administration, revenus et dépenses de la paroisse
de l'église Sainte Agathe et les habitants de Lahourcade à faire une nouvelle église, semblable à celle de Maslacq, dans un délai de deux ans, moyennant 700 sous de Morlaas, et la fourniture de tous les matériaux. En cas de mort de Guilhemet, ses cautions devaient fournir un autre maître d'oeuvre". Lahourcade, 21 septembre 1345.
L'église est située au nord-est du village. Le chevet est tourné vers le sud-est et non vers l'est comme c'est la plupart des cas à cette époque, car par définition, orienter veut dire tourner vers l'orient.
Placée sur une motte légèrement surélevée, les matériaux utilisés pour sa construction sont issus en grande partie des grès de Sauvelade provenant du site d'extraction ouvert au 12ème siècle pour le chantier de l'abbaye.
Les restaurations ultérieures firent appel à des roches différentes : galets du gave, calcaire d'Orriule et de Bidache ainsi qu'à la brique d'argile cuite.
L'église se présente comme un édifice dit "en croix latine"

Un très vieux clocher
Ce clocher attire l'attention, moins par sa hauteur (46 mètres) que par l'importance de sa base, celle d'une tour carrée de 36 m2 au sol et de près de 20 mètres de hauteur.
S'agit-il d'une tour de guet de l'époque romane (10ème-11ème siècle) à partir de laquelle on a construit une église gothique, ou bien d'une église romane dotée d'une tour fortifiée ? Aucun document ne donne de réponse.
L'escalier qui mène aux tribunes et à la chambre des cloches permet d'apercevoir un pan de maçonnerie fort révélateur de la qualité de l'assemblage des moellons soigneusement équarris. L'épaisseur des murs (1,20 mètres), les lucarnes de guet du sommet, la petite archère de la face sud, l'absence d'ouverture sur la façade ouest et la meurtrière obturée du 2ème étage indiquent clairement le rôle auquel était destiné l'ouvrage. Les quatre fenêtres superposées de la face est sont de style roman et doivent dater du début du 13ème siècle.

                   
Archère face sud à hauteur de l'horloge             Meutrière condamnée
        
L'assemblage de la nef sur la tour a été réalisé grâce à l'ouverture d'une grande arcade de la paroi, côté sud-est, compensée par les hauts et épais contreforts qui l'encadrent. Cela a également permis l'aménagement de deux tribunes.



Les Fonts Baptismaux
Ils sont blottis dans le contrefort nord est un recoin voûté en berceau brisé. L'oeil de boeuf, démesuré, est orné d'un vitrail et la petite lucarne est de style gothique. L'encadrement de cette lucarne à quatre pierres layées à l'ancienne est coiffé d'un linteau en accent circonflexe plutôt rare dans notre région. L’entrée de ce petit local est agrémentée d’un encadrement chanfreiné et devait sûrement être protégée par une grille ouvragée. Son importance est particulière étant donné que le patron de l’église est St Jean-Baptiste. Or ce vocable était donné d’office par l’évêque à l’église, qui dans un secteur nouvellement christianisé, possédait un baptistère. Dans l’hypothèse ou Maslacq suppose une fondation rurale aquitano-romaine, on peut déduire que dès le 4ème siècle, ce fut le cas de la communauté villageoise. Dès lors on peut supposer qu’une église a précédé celle que l’on voit aujourd'hui et qui fut construite à partir du 11ème siècle.


Rosace Fonts baptismaux

La chambre des cloches ne s’inscrit pas dans les normes de l’époque, c’est une œuvre moderne (17ème - 18ème siècle). Le matériau est raffiné, la pierre dure et soigneusement équarrie, bouchardée et décorée. Les formes décoratives inspirées de l’antiquité soulignent la corniche supérieure et animent visuellement la variété des formes et la couleur des matériaux. La chambre résonne avec le chant des cloches, l’une en fa dièze et l’autre en sol dièze.

La flèche ardoisée : L’abbé Guicharnaud fit construire la flèche ardoisée, plus récente, qui porte aussi la marque de ce raffinement. De forme octogonale, la toiture à rejets d’égouts retroussés est cantonnée aux angles de la base, de quatre clochetons pyramidaux relativement rares dans la région.
Ainsi, tant du point de vue archéologique qu’historique, le clocher se révèle à lui seul comme un témoin de l’évolution du monument, mais aussi de la communauté villageoise pendant presque deux millénaires.

La nef : Large espace voûté en forme de berceau brisé, la nef se prolonge jusqu’au chevet polygonal, deux chapelles s’ouvrant symétriquement par leurs arcades de style gothique. Deux fenêtres ornées de vitraux rectangulaires éclairent parcimonieusement de part et d’autre les parois et une voûte dépourvues de tout ornement architectural. L’éclairage vient du chœur par les trois fenêtres - le triplet - récemment rhabillées.
Les fenêtres nord et sud présentent le même remplage (armatures de pierre) quadrilobé simplement maçonné. La porte nord est coiffée d’une voussure (courbure du profil d’une voûte) en arc brisé et souligné par un tore en amande accompagné d’un large cavet (moulure concave d’un quart de cercle) de style gothique. Le tout dans une muraille de quatre vingt cinq centimètres d’épaisseur. Côté sud la seconde fenêtre identique à celle du côté nord est placée à une vingtaine de centimètres au dessus du portail d’entrée côté nord. Ce portail sud est muré et présente des caractéristiques différentes.
Son décor sculpté s’inspire fortement du style roman. Dans la partie haute deux corbeaux à crochets laissent supposer qu’ils supportaient un auvent faisant office de porche. On peut donc en déduire que le portail sud fut le premier installé. Les raisons de son obturation sont inconnues.

Le chevet a été restauré avec réemploi du décor sculpté des fenêtres du triplet. Il s’agit de baies à deux formes jumelées en arc brisé. L’embrasement inférieur est en forme de larmier (partie saillante qui a pour fonction d’éloigner l’eau de ruissellement). La taille de la pierre sculptée s’apparente à celle du portail sud.
A l’intérieur le chœur occupe toute la largeur de la nef et est bien adapté à l’église, archiprêtré appelé à rassembler de nombreux officiants.


La chapelle sud (15ème et 16ème siècles)
En 1440 l’abbé laïque de Maslacq reçoit de l’évêque l’autorisation de célébrer la messe dans la chapelle du château, ce qui laisse supposer que l’église du village n’est pas en mesure d’accueillir les fidèles. C’est donc le temps des restaurations qui semble-t-il s’échelonnent sur plusieurs années. D’autant que les événements de la réforme protestante eurent de nombreuses incidences, on peut le constater : L’agrandissement des fenêtres latérales de la nef pour accroître l’entrée de la lumière a certainement modifié l’entrée par la porte sud, nécessitant la construction de la porte nord dont les caractéristiques (style, qualité de pierre, sculpture des nervures…) sont identiques aux bases de la chapelle et des croisées d’ogive. Cette chapelle est un bon exemple de ce style gothique qui a précédé l’art de la Renaissance. La couverture de cette chapelle, à versant unique a dû fortement rappeler aux contemporains de la construction, le toit qui protégeait le porche disparu de la porte sud. Par ailleurs, c’est bien au 15ème siècle qu’apparaît le contrefort biais dont la poussée s’exerce sur les chaînes d’angle. Ainsi à Maslacq, six contreforts sous-tendent la chapelle sud et le chevet polygonal.

La chapelle nord (19ème siècle)
En 1854 Ulysse Gascouin, maire du village, informe son conseil municipal, que la comtesse de Barbotan, patronne laïque de la paroisse, fait un legs à la commune pour la construction d’une chapelle sur la face nord de l’église en symétrie de la chapelle sud. De même dimensions, sa décoration se limite à de simples nervures épannelées (dégrossies par une taille plane qui dégage la forme du sujet) et vers l’extérieur à un beau pignon percé d’un large oculus quadrilobé. Les chaînages d’angle et le toit en bâtière (toit à deux versants opposés et à pignons découverts, en forme de bât) à rejet d’égout retroussé s’harmonise bien avec la couverture de la nef.

La couverture et la voûte
Le toit de l’église est une belle couverture de tuiles picon soutenue par une superbe charpente en chêne qui s’harmonise parfaitement avec les toitures des maisons avoisinantes.
Une rumeur particulièrement tenace veut que les partisans de la réforme protestante (1561-1620) mirent à bas la voûte et la nef. Aucun document ne le confirme. Il faudra attendre 1899 pour que soit réalisée une voûte plâtrée en brique en remplacement de l’ancienne faite de terre glaise et de poils d’animaux.
Enfin de nombreux documents démontrent qu’en dépit d’une période particulièrement troublée, la communauté villageoise, toutes obédiences confondues et « à frais et dépens communs », réhabilita l’église, bâtit un temple et sauva la paix civile.


Les cloches
C’est en avril 1637 que furent installées les deux cloches qui se trouvent toujours dans le clocher de l’église. La plus petite, au tintement clair, fonctionne depuis son installation. Elle pèse 489 kgs. On peut y lire les inscriptions : IHS MR STB PETRE    1637 AVRIL
La plus grosse cloche, au tintement grave, pèse 810 kgs. Elle fut refondue en 1866 car elle avait été fêlée en 1860. On peut lire les nouvelles inscriptions :
Parrain Henri GASCOUIN Président de la Fabrique
Marraine et bienfaitrice Marie Mathilde comtesse de Barbotan née de Navailles—1866
Curé GUICHARNAUD d’Aramits
SAINT Jean-Baptiste PRIEZ POUR NOUS
Refondue par Ursulin D’ENCAUSSE Fondeur à Tarbes
Henri Camet-Lassale, ancien maire, nous a rapporté un témoignage transmis par son grand-père Pierre Camet-Lassale qui avait 16 ans en 1866, lors de la refonte de la grosse cloche.
« ...La cloche fut descendue par un système appelé « chèvre », système de rappel avec poulies et chaînes situé au 4ème niveau du clocher. Un trou de 1,50 x 1,50 mètre fut réalisé dans le plancher à chaque niveau dans une rigoureuse verticalité. La cloche arriva sur un traineau mis en place sur le sol du clocher. Ce traineau fut tiré par deux vaches au joug et traîné dehors par la porte de l’église. A l’extérieur se trouvait tout le matériel nécessaire au fondeur Ursulin d’Encausse de Tarbes… Il y avait beaucoup de curieux dont la marraine, le parrain, le curé, tenus à l’écart en raison du danger de la fonte du bronze… La comtesse de Barbotan vint avec deux employés du château portant chacun un tablier où se trouvaient des pièces d’or et d’argent, pièces qui furent versées dans le bassin de refonte… Façonnée dans un châssis, le refroidissement de la cloche refondue dura six jours… Le fondeur Ursulin d’Encausse constata alors la longueur exceptionnelle du tintement final ».
     
Grosse et petite cloches
 
Evénements historiques autour de l’église
En 1563 : « Maître Johan d’Abbadie abbé laïque et Pierre Arnaud Carsusan archiprêtre font savoir aux Etats du Béarn que Maître Pierre Bartolomey, commissaire de Jeanne d’Albret, fit démolir l’église et les statues et confisqua les calices, les croix et les ornements sacrés. Ils les supplient d’intervenir auprès de la reine et de leur obtenir restitution de ces objets et réparation de tous les dommages qu’ils ont subi.
Si dans la suite les protestants relevèrent l’église on comprend qu’ils l’aient fait à l’exclusion des catholiques » (archjves SSLA, Société des Sciences, Lettres et Art)
En 1599 : L’exercice du culte était déjà rétabli à Maslacq. Noble Pierre d’Abbadie, patron laïque de la paroisse, présente à l’évêque de Lescar son cousin Gratian d’Arrac, originaire de Gan, afin de le faire nommer à la cure de Maslacq (archives SSLA)
En 1605 : Le roi autorisa le sieur Dabadie, écuyer, et le baron d’Arboucave à rétablir l’exercice de la religion catholique à Maslacq
En 1615 : « Permission par le roi Louis XIII de faire bâtir une chapelle dans l’enceinte du château où les catholiques pussent entendre la messe et faire entendre leurs exercices... »
En 1620 : Mise en possession des biens ecclésiastiques.
« Le 31 octobre 1620, l’évêque de Lescar demande que l’église de Maslacq soit restituée aux catholiques pour y faire le service divin, que la possession de la fabrique prébendes et autres droits soit baillée…
Opposition de ceux de la religion Protestante Réformée qui disent qu’ils ont fait bâtir l’église sans aucun catholique, l’ont toujours entretenue à leurs dépens ; de plus qu’en tout lieu, il n’y a que six ou sept familles qui fassent profession de la religion catholique et qu’ils sont en nombre de quatre ou cinq cents. Qu’ainsi l’église ne doit leur être ôtée qu’auparavant ils n’en aient une autre ou un lieu propre pour y pouvoir faire leur exercice… Suivant la volonté du roi à laquelle ils désirent acquiescer… supplient nos dits commissaires de leur accorder six mois de terme pour pouvoir mettre en état la grange de Bonine qu’ils ont choisi pour y faire leur exercice attendant qu’ils aient bâti un temple... » (archives SSLA)
En 1685 : Lettre de Foucault
« Pour esprouver si je pourrois tirer quelque adventage dela consternation où sont les colligionnaires de Béarn, présentement que les quinze temples dont le roy a ordonné la démolition sont abbatus, j’ay faict faire une mission dans la ville de Maslac où il y ales deux tiers des habitans faisant profession de la R.P.R. (Religion Prétendue Réformée). Monsieur l’esvêque de Lescar y est aussi venu et nous avons converti en deux jours trois cens cinquante personnes du lieu ou des paroisses voisines, entre lesquelles il y a la femme du Seigneur de Las, gentilhomme qualifié, sœur d’un conseiller au Parlement, un capitaine des milices du Béarn et plusieurs bourgeois... »
En 1866 : Refonte de la grande cloche par la fonderie Ursulin d’Encausse de Tarbes. Son financement fut réalisé par un don de 1000 francs de Madame la comtesse de Barbotan et sa tante Mademoiselle Meillan et par des aumônes volontaires.
En 1877 : Exhaussement du clocher sur les plans réalisés par Monsieur Darnaudat, architecte à Orthez pour un coût de 8664 francs dont 3000 offerts par Madame Meillan, 2000 par Madame de Barbotan, la souscription auprès des paroissiens ayant permis de récolter 3149 francs.
En 1899 : Réfection de la voûte en briques, reconstruction des fonts baptismaux près de la porte d’entrée, ouverture d’une fenêtre au sud-ouest, peinture de l’ensemble. Fenêtres ornées de vitraux par M. Maumejan de Biarritz, rénovation du lustre central, des candélabres, chandeliers, etc… pour un coût de 2650 francs dont 2257 recueillis par souscription auprès des paroissiens.
En 1926 : Inventaire des objets et meubles appartenant à l’église de Maslacq.
En 1952 : Le 03 janvier, la foudre s’abat sur le clocher de Maslacq vers 15 h 30, détruisant vitres, vitraux, installation électrique. Un commencement d’incendie a pu être maîtrisé grâce à la promptitude d’un voisin.
En 1961 : Le conseil municipal décide d’électrifier les cloches, et c’est le « glas » du métier sonneur de cloches.
En 2003 : Derniers travaux de l’église Saint Jean-Baptiste de Maslacq.


Les Tombes
Quelques tombes de personnalités notables, plutôt anciennes, sont difficiles à déchiffrer, tant au sol même de l’église que dans le cimetière